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Yassine Yakouti, avocat

Yassine Yakouti, du droit des affaires au pénal

Dans la profession, le nom de Yassine Yakouti rime souvent avec grinta, niaque ou encore rage de vaincre. L’avocat quadragénaire est né dans une famille pauvre d’immigrés marocains, et s’est hissé à force de travail et d’abnégation aux portes du Bâtonnat du Barreau parisien. Qu’est-ce qui fait courir Yassine Yakouti ?

Yassine Yakouti : Un enfant de l’immigration au parcours scolaire sans faute

Yassine Yakouti est né à Rueil-Malmaison, mais a grandi à Antony, dans les Hauts-de-Seine. Ces deux parents ont des origines marocaines. Sa mère est la fille d’un tirailleur marocain, héros de la bataille de Monte Cassino en 1944. Son père est né près de Casablanca, une région dans laquelle le jeune garçon s’envole fréquemment, pour y passer ses vacances. Il clame à qui veut l’entendre son amour sans concessions pour La City. Encore aujourd’hui, l’avocat quadragénaire ne rate aucun derby Wydad-Raja et continue de se rendre plusieurs fois par an dans son pays de cœur.

Yassine Yakouti connaît une scolarité brillante. D’abord au prestigieux lycée Lakanal de Sceaux, où son amour pour la littérature et ses talents oratoires le distinguent. Ces qualités font dire à ceux qui le côtoient que le jeune homme brillant finirait avocat sans aucun doute. Mais la vocation de Yassine Yakouti naît véritablement au moment de l’affaire Omar Raddad : un jardinier d’origine algérienne qui est accusé d’avoir tué son employeuse. Le lycéen est scandalisé par un tel acharnement sur une personne issue de la diversité. C’est à ce moment qu’il découvre la personne de Jacques Vergès qui défend Omar Raddad et réussit à le faire innocenter. Le talentueux avocat devient un des modèles de Yassine Yakouti.

Le bac ne fut qu’une formalité pour le jeune homme, qui s’inscrit à la fac de droit de l’université de Paris-Saclay, dans le sud de Paris. Il hésite à postuler aux facs parisiennes, mais entend parler de l’atmosphère qui y règne, mélange d’entre-soi et de racisme, et décide de ne pas y mettre les pieds. Il réalise donc un choix de confort, en restant près de ses proches. Pour autant, la famille de Yassine Yakouti ne roule pas sur l’or et le jeune homme doit enchaîner les petits boulots. Chauffeur de poids lourd, livreur, conducteur d’engins à la RATP : tout y passe. Mais Yassine Yakouti réussit à financer ses études. Il réussit l’examen du Centre régional de formation professionnelle des avocats et enchaîne avec un Master à l’EDHEC, une école de commerce.

La désillusion du droit des affaires et une difficile reconversion

A l’université, Yassine Yakouti s’oriente vers le droit des affaires et choisir un cursus en droit international et fiscalité. Ces mots font rêver ce jeune homme issu de l’immigration et aux modestes moyens financiers. Ils sont pour lui synonymes de réussite et d’élévation sociale. Yassine Yakouti est aussi attiré par le lustre des boutiques anglo-saxonnes du secteur, moins fermées que les cabinets de l’Hexagone. Au début, leurs valeurs de pragmatisme et de promotions basées sur le mérite plus que sur la naissance semblent lui correspondre. Le jeune homme se spécialise donc en fusions-acquisitions à l’EDHEC.

Yassine Yakouti rejoint le cabinet Freshfields Bruckhaus Deringer en 2008, dans son bureau de Paris. Cependant, le jeune homme tombe très mal. Le monde financier est alors dans la tourmente de la crise des subprimes. Yassine Yakouti est choqué par certains comportements rapaces, notamment alors qu’il travaille sur la faillite d’une grosse banque. Cette dure année fait prendre conscience au jeune avocat qu’il ne pourra pas passer l’ensemble de sa carrière dans un tel environnement de requins. Il choisit de démissionner et de se reconvertir dans le pénal, qui l’avait tant séduit quand il était jeune.

Cette décision est très loin de faire l’unanimité parmi son entourage. Sa famille et certains de ses collègues ne comprennent pas ses motivations. Pourquoi quitter un poste aussi prestigieux et aussi bien payé pour un quotidien fait d’homicides sanglants, de viols glauques et de grand banditisme ? Quoi qu’il en soit, Yassine Yakouti envoie plus de quatre cents CV à des cabinets d’avocats pénalistes. Mais il ne reçoit quasiment aucun retour. En fait, les seuls qui lui répondent lui font part de leur incompréhension. Avec un tel parcours, le jeune homme devrait persévérer dans la voie illustre du droit des affaires.

Yassine Yakouti : Un avocat ambitieux à la carrière brillante

C’est la découverte de l’existence de la Conférence des avocats du Barreau de Paris qui sauve Yassine Yakouti. Cette institution permet chaque année à douze jeunes avocats d’assurer la défense pénale d’urgence lors d’affaires particulièrement sensibles. Les heureux élus sont sélectionnés par le biais d’un concours d’éloquence. Une ribambelle de grands avocats ont participé à la Conférence ; Christian Le Borgne, Jacques Vergès, Jean-Yves Le Borgne, Henri Leclerc, Raymond Poincaré, Jean-Marc Fedida, Arnaud Montebourg, Léon Gambetta, etc.

Yassine Yakouti se lance donc et décide de préparer le difficile concours en travaillant d’arrache-pied. II plaide sur une question improbable : « Faut-il encourager les lâches ? », en répondant bien sûr par l’affirmative. Le jeune avocat se méfie des gens à l’apparence trop parfaite. Le métier d’avocat consiste aussi à discuter les gens pour découvrir le revers de la toile. Finalement, Yassine Yakouti est admis au sein de la Conférence des avocats du Barreau de Paris.

En un an, le jeune avocat gagne plus de vingt ans d’expérience. En effet, il travaille sur des dossiers sensibles qui sont généralement interdits aux professionnels débutants. Yassine Yakouti agrandit également considérablement son réseau. De jeune homme peinant à gagner des dossiers et à finir les fins de mois, il devient un avocat influent courtisé par le Tout-Paris. Il gagne une famille professionnelle, des frères et des sœurs fidèles pour toute la vie. La Conférence des avocats du Barreau de Paris est une institution qui fonctionne au mérite et favorise un certain brassage social.

Dès lors, Yassine Yakouti enchaîne les dossiers médiatiques. Il défend les intérêts du rappeur Kaaris pendant l’affaire de la rixe Booba-Kaaris qui avait défrayé la chronique. Il participe au procès des dirigeants d’Ikea qui avaient espionné des employés. Il défend aussi les frères Ferman, des figures du deal breton, accusés de fournir le marché de drogue de toute la Bretagne. Yassine Yakouti n’oublie pas également les convictions de son modèle d’enfance, Jacques Vergès, et n’hésite pas à représenter certains grands acteurs du banditisme parisien, car il estime que chacun à droit à une défense.

Plus d’infos sur Yassine Yakouti Sur Jeune Afrique : https://www.jeuneafrique.com/1317273/politique/serie-quest-ce-qui-fait-courir-lavocat-franco-marocain-yassine-yakouti/.

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